Nous connaissons le diagnostic, nous connaissons les réponses à apporter…

Le dicton populaire « il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » s’applique tragiquement à la situation du milieu carcéral.

Le ras le bol des personnels pénitentiaires, leur manque de moyens face à une surpopulation carcérale chronique est un phénomène ancien.

La radicalisation islamique en prison l’est tout autant et a largement préexisté à Daesh et ses ilotes.

Cela fait 15 ans, peut être plus, que par exemple Farhad Khosrokhavar (L’Islam dans les prisons, éd. Balland, coll. « Voix et regards », Paris, 2004 ) nous alerte sur l’état des prisons et le manque de moyens au service de la réinsertion.

Combien de rapports parlementaires? Combien d’enquêtes et de rapports du contrôleur général des lieux privatifs de liberté?

Combien de rapports calamiteux d’institutions internationales sur l’état des prisons françaises?

Combien de reportages pétrifiants sur l’état de la prison des Baumettes à Marseille?

Elle est loin, bien loin, la prison Républicaine, ambition de Robert Badinter…

Loin, très loin…

Pourquoi gérer un problème difficile en temps réel s’il est plus simple de refiler la patate chaude à ses successeurs?

Voilà en une phrase résumée la situation.

Personne ne peut dire qu’il ne savait pas.

Les rapports budgétaires désastreux, les décrets d’avance, la paupérisation de notre justice…

Bref, tout cela a concouru à la situation que nous connaissons aujourd’hui.

Cette paupérisation de l’institution se fracasse aujourd’hui sur une nouvelle catégorie de détenus, les revenants des terrains de guerre qui retrouvent d’autres détenus; on perçoit immédiatement les conséquences de cette promiscuité mortifère.

On le sait, la prison est un incubateur de radicalisation islamique.

Les raisons sont multiples et connues: par vocation, mimétisme ou par peur et besoin de protection. Nombreux sont les détenus qui se rapprochent des pratiques religieuses musulmanes ou se convertissent. C’est une démarche ancienne et connue.

L’absence d’aumôniers formés, dotés d’un statut et décemment rémunérés ne contribue pas à améliorer la situation.

Ces sujets, non traités, ont trop longtemps été balayés sous un épais tapis de démissions successives, de petites lâchetés et d’hypocrisies.

La radicalisation en milieu carcéral doit être vue aujourd’hui sous un autre angle.

Plus de théories ou de bavardages pour savoir si il faut, ou pas, isoler les détenus radicalisés. D’ailleurs, parle-t-on de ceux de droits communs ayant acquis ou accentué en prison la pratique de l’Islam avec des terroristes dangereux rentrés de Syrie ou d’Irak?

À force de théoriser, comme d’habitude, nous sommes en retard sur l’événement.

Nous sommes encore pris de court par la réalité.

Que faire des terroristes incarcérés alors que depuis 30 ans nous n’avons pas pu, ou pas voulu, régler la simple question de la radicalisation en prison?

Les maux s’ajoutent alors que, dans le même temps, les législations européennes empreintes d’idéaux humanistes donnent aux détenus des droits nouveaux.

Qu’on ne se méprenne pas, je trouve normal que les détenus disposent de droits. La prison est une peine privative de libertés pas des droits au travail, au sport, à l’éducation, à la santé ou à la vie conjugale.

Pourtant il faut entendre les revendications des personnels pénitentiaires qui, en sous effectifs chroniques, ne sont plus en mesure d’assurer leurs missions et risquent au quotidien leur vie.

À la prison de Condé sur Sarthe, dans l’Orne, comme ailleurs, le moindre objet devient une arme par destination.

Les détenus font montre d’une créativité inouïe pour produire des armes: une chaussette et une boîte de conserve, une cuillère, un câble d’ordinateur…

L’interdiction des fouilles résultant des règlementations européennes n’aide pas!

Le droit d’accès aux salles de sport permet aux détenus de s’entraîner régulièrement avec des professeurs et peuvent, ainsi, acquérir des capacités musculaires dont ils usent à l’encontre du personnel pénitentiaire.

Les personnels, en insécurité permanente, sont épuisés et on les comprend!

Comment expliquer que les détenus disposent de friteuses qui permettent d’utiliser de l’huile chaude contre les gardiens?

Outre les questions de sécurité au quotidien se pose aussi la question de leur formation.

Certains établissements vont ouvrir des quartiers d’évaluation de la radicalisation et des quartiers pour les radicalisés mais quelles formations auront-ils reçues pour faire face à ces détenus dangereux qui ont côtoyé la mort et la violence sur le terrain en Irak et en Syrie?

Cette situation ne peut plus durer.

Il faut ouvrir les yeux et cette fois, au cœur de cette crise, prendre le problème à bras le corps.

Écouter les revendications des personnels de prison qui ont des droits aussi et le premier est celui de travailler dans la sécurité.

Sacraliser un budget pour donner des moyens aux établissements pénitentiaires, multiplier le nombre d’aumôniers bien formés et décemment rémunérés pour lutter contre la radicalisation, mettre en place des outils d’évaluation au plan national pour permettre de comparer les situations avec une grille de lecture commune à tous les établissements.

Bref, faire de la lutte contre la radicalisation en milieu carcéral une priorité en s’appuyant aussi, quand cela est possible, sur les milieux familiaux et la formation professionnelle.

Nous avons attendu trop longtemps.

Les métastases de notre cécité collective sont trop nombreuses. Il faut réagir et réagir vite!

La multiplication des agressions de personnels est faite pour déstabiliser notre système, il faut réagir avec fermeté et donner aux personnels les moyens de leur sécurité.

Il n’y a plus de temps à perdre en conjecture.

Le ministre de la justice et celui de l’intérieur doivent réunir les syndicats de personnels pénitentiaires et les directeurs d’établissement pour un grand plan Marshall au bénéfice des personnels d’abord sur les effectifs et les formations .

Il faudra, ensuite, régler la question de la surpopulation carcérale.

Enfin, au vu des violences commises par certains détenus, il faudra sans doute dans cette période particulièrement troublée de notre histoire repenser avec le parlement européen certaines directives dont l’interdiction des fouilles, mesure qui, si elle apparaît légitime en théorie, est inacceptable dans la pratique!

Il faut agir et vite! Nous connaissons le diagnostic, nous connaissons les réponses à apporter, alors pas d’états généraux, de rapports ou de commissions d’enquête!

Il faut des budgets et des actes!

Source : https://www.huffingtonpost.fr/nathalie-goulet/pas-detats-generaux-de-commissions-denquetes-maintenant-il-est-temps-dagir-pour-les-prisons_a_23340831/

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