Sordide constatation , nous sommes tellement habitués aux annonces d’attentats en Afghanistan que nous y prêtons à peine attention.

Sordide constatation, nous sommes tellement habitués aux annonces d’attentats en Afghanistan que nous y prêtons à peine attention.

La mort, dans un double attentat ,lundi d’un journaliste de l’AFP suscite un peu plus d’émoi et d’émotion, légitiment par solidarité ,elle est plus relayée.

Un autre attentat à Kandahar visant les forces de l’OTAN aurait tué, ce même jour,une dizaine d’enfants.

La liste est longue de ces attaques ciblées contre les populations notamment chiites ou les institutions afghanes, pour les premiers mois de 2018 le bilan est déjà terrifiant.

60 morts et plus de 120 blessés, le 22 avril contre un centre d’enregistrement des élections législatives, dans un quartier majoritairement chiite de Kaboul.

À Kaboul , encore le 21 mars de nombreux blessés devant l’université, lors des fêtes de Norouz (le Nouvel an Perse).

Kaboul , toujours, le 9 mars: un kamikaze à pied se fait exploser dans un quartier chiite de tuant au moins neuf personnes et en blessant une vingtaine, le 29 janvier plus de 10 soldats étaient tués dans l’attaque de l’Académie militaire.

27 janvier: une ambulance piégée explosait près du ministère de l’intérieur faisant 103 morts et 235 blessés, attentat cette fois revendiqué par les Talibans.

20 janvier: les talibans encore ,pénétraient dans l’hôtel Intercontinental faisant des dizaines de morts.

4 janvier C’est un kamikaze de l’EI qui déclenchait une bombe à proximité de policiers faisant au moins 13 morts, tous policiers, et 25 blessés.

Tous ces attentats ont été revendiqués par soit par l’EI soit par les Talibans.

Ils visent la déstabilisation du pays mais pas seulement.

Les assassins terroristes de l’Etat Islamique sont nombreux à avoir trouvé refuge dans ce pays miné depuis tant d’années par les guerres et l’instabilité.

C’est en particulier la cas des terroristes défaits de Syrie et d’Irak originaires d’Asie Centrale et du Caucase, Tchétchénie, Ouzbekistan, Kirghizistan, Turkmenistan.

Comme je l’écrivais en novembre dernier dans ces mêmes colonnes, l’Afghanistan constitue un « hub » accueillant offrant encadrement, formation et impunité aux terroristes apprentis ou chevronnés.

C’est ce qu’avait mis en exergue la conférence sur la sécurité organisée à Samarcande en novembre 2017.

Une attention particulière avait était portée sur l’Afghanistan (10 jours après l’attentat de New York l’Ouzbekistan et l’Asie Centrale se revendiquent centre névralgique de la stabilité et de la sécurité de l’Europe et du Monde)

Comment arrêter la spirale infernale de ce terrorisme endogène et contagieux.

Toutes les interventions étrangères ont été on le sait, vouées à l’échec.

Les personnels des forces internationales comme les ONG sont confrontées à l’insécurité du pays pris en étau et en otage des talibans et de l’Etat Islamique.

Comment tenter d’améliorer la sécurité de l’Afghanistan , qui soit dit au passage est aussi la nôtre?

L’aide au développement, certainement , mais à mon sens le plus important est la lutte contre le financement du terrorisme!

Dans cette région , comme dans le Sahel d’ailleurs ces financements se font grâce au trafic de drogue.

Peu évoqué, à ma connaissance, lors du récent sommet de Paris #NoMoneyForTerror, le trafic de drogue constitue un moyen hélas pérenne et ancien de financement.

J’évoquais ce point dans mon rapport de 2015 pour l’Assemblée Parlementaire de lOtan

C’est un fait avéré qu’Al-Qaïda au Sinaï est financée notamment par le cartel de la drogue de Medellin en Colombie.

C’est pour cette raison aussi ,que le Ministre des Affaires Étrangères de Mauritanie ISSELKOU OULD AHMED IZID BIH fait de la lutte contre le trafic de drogue sa priorité absolue dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Dans les pays où les circuits monétaires ou leur contrôle sont défaillants, le trafic de drogue constitue un outil qu’il faut combattre.

Les résultats de la lutte contre les trafics de drogues sont excellents et nos services en coopération avec L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, font de leur mieux ,mais comme toujours nous assistons à la guerre de l’obus et du blindage!

Ainsi ,la transformation, plus lucrative, se fait désormais en morphine et en héroïne sur place en Afghanistan.

Les vendeurs n’existent que grâce aux acheteurs, c’est contre eux que doit se focaliser la lutte contre le trafic de drogue.

L’Afghanistan ,qui avait vu sa production de drogue pratiquement anéantie par la politique des Talibans alors qu’ils étaient au pouvoir en 2001, n’a pas pu endiguer sa reprise faute de développement économique.

Les mêmes Talibans en contrôlent désormais toute la filière ,en mai 2017, l’opium se monnayait 163 USD/kilo et l’héroïne de 2.300 à 3.500 USD sur le marché régional.

Arrivé en Europe, il atteint 40.000 euros le kilo.

C’est notre incapacité et celle de nos amis américains, qui ont englouti, en vain ,8,6 milliards de dollars depuis 2002 dans la lutte anti-drogue, à établir une économie de remplacement, qui a contraint les afghans à reprendre les cultures de pavot.

C’est donc un impératif de poursuivre la lutte contre le financement du terrorisme, et notamment sous ses formes anciennes comme le trafic de drogue.

A ce titre l’Afghanistan devrait retenir toute notre attention et focaliser nos actions de développement, pour les populations afghanes bien entendu mais aussi de façon plus égoïste pour notre propre sécurité.

Source : https://www.huffingtonpost.fr/nathalie-goulet/l-afghanistan-une-violence-sans-fin-la-resilience-de-l-ei-et-des-talibans_a_23425090/

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