10 jours après l’attentat de New York l’Ouzbékistan et l’Asie Centrale se revendiquent centre névralgique de la stabilité et de la sécurité de l’Europe et du Monde

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Nathalie Goulet et André Reichardt
Sénateurs, Vice-Presidents du groupe d’amitié France -Asie Centrale au Sénat.

Hasard du calendrier s’est déroulée à Samarcande les 10 et 11 novembre une conférence internationale sur la sécurité et le développement durable “Asie Centrale partager le passé et un futur commun…” sous la haute autorité du Président de la République Shavkat Mirziyoyev et du Ministre des Affaires Étrangères Abdulaziz Kamilov.

L’Ouzbékistan on s’en souvient à peine, a attiré l’attention et les foudres de tous les médias et des commentateurs après l’attentat perpétré par un Ouzbek à Manhattan le 1er novembre dernier.

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Le Lieutenant Général Nasser Khan Janjua, Conseiller à la sécurité nationale au gouvernement du Pakistan & le Général V. K. Singh, Ministre des affaires étrangères d’Inde

Personne n’a évoqué, à Samarcande, cet attentat ou son auteur, mais chacun l’avait en tête  et c’est dans une  atmosphère particulière que c’est ouvert un forum remarquable… assez classique sur le papier, c’est au niveau du climat qu’il faut apprécier cette réunion qui a rassemblé sur 2 jours les plus importants acteurs du monde représentés à un très haut niveau.

Russes, Américains, Japonais, Chinois, Indiens, Pakistanais, Iraniens, Européens, les agences spécialisées de l’ONU et des organisations régionales.

L’Asie Centrale et l’Ouzbékistan centre du monde ? 

En quelques sorte ..

Au détour des tables rondes on reprend conscience de ce que le monde est bien petit , notre vision bien étriquée et notre mémoire politique digne de celle d’un poisson rouge dans le bocal d’amnésies entretenues par l’information en continue… qui est l’exacte opposé de l’information !

L’Asie centrale est importante pour l’Europe comme l’a rappelé ici Frederica Mogherini venue pour apporter son soutien à la reprise d’une politique de coopération entre les pays d’Asie Centrale :

  • Ouzbékistan
  • Tadjikistan
  • Kirghizistan
  • Kazakhstan
  • Turkménistan

Ces pays aux économie disparates renouent ainsi avec la coopération régionale ce qui est une avancée remarquable sous l’influence du nouveau président de l’Ouzbékistan Shavkat Mirziyoyev l’Ouzbékistan a déclaré sa volonté de s’ouvrir au monde.

Une brochette prestigieuse était  réunie à Samarcande, tous les ministres des Affaires Étrangères d’Asie Centrale, d’Inde, de Turquie, d’Iran et Madame Mogherini notamment.

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Le secrétaire général de l’OSCE et bien entendu, les hauts responsables de l’association de coopération d’Asie (ASEAN)  et de très nombreux hauts fonctionnaires des Nations unies ont fait le déplacement de Samarcande mais pas seulement pour faire acte de présence.

Pour assister le temps d’un colloque, à une vraie volonté de dialogue à titre d’exemple, aux échanges entre le ministre des affaires étrangères indien SE V.K Singh, et le conseiller pour la sécurité intérieure du Pakistan le Général Nasser Khan Janjua.

Les organisateurs ont choisi de faire un focus de longs sur la situation en Afghanistan.

À première vue le lien entre le sujet de l’Asie Centrale et les soubresauts de l’insécurité en Afghanistan ne saute pas aux yeux et pourtant, ce conflit oublié demeure une brèche ouverte dans la sécurité régionale et au delà.

Des années après la fin supposée des conflits en Afghanistan, la persistante instabilité de ce pays en proie aux démons des trafics de drogue et du terrorisme constitue une menace persistante.

C’est alors que les différents orateurs ont évoqué  les visions de leur pays respectifs pour résoudre la crise Afghane.

Que penser des interventions des représentants de l’administration de Donald Trump et de l’adjointe à la sécurité de la Maison Blanche Madame Curtis et de leurs plans pour l’Afghanistan alors que les États Unis ont inondé depuis des années ,sans évaluation des millions de dollars dans une stratégie d’échec permanent.

Il ne faut pas laisser réitérer les erreurs et les interférences  étrangères en Afghanistan !

Comment ne pas comprendre comme l’a très bien expliqué le conseiller du Ministre Iranien des Affaires Etrangeres Sayed Rasoul Mousavi, conforté par d’autres intervenants qu’il fallait laisser la place « aux régionaux de l’étape » c’est à dire aux voisins et aux organisations régionales qu’il fallait éviter de reproduire les mêmes erreurs et respecter un triptyque : sécurité, stabilité et développement, toute solution qui ne comporterait pas ces trois éléments indissociables, dont un relevé du niveau national, l’autre du niveau régional le 3ème du niveau international serait vouée à l’échec…

L’échec du rétablissement de l’Afghanistan, pays oublié des médias, serait une menace pour la région et au-delà .

L’Afghanistan qui, par ailleurs, dispose de plus de 1000 km de frontière commune avec le Tadjikistan, espace poreux et accessible  à une idéologie de mort.

Et nous retrouvons la problématique du terrorisme….

L’autre frontière c’est l’Iran unie par l’histoire et la géographie ,l’Iran qui peut aussi aider au développement économique et alors on comprend l’intérêt que représente le passage de Javad Zarif, son emblématique Ministre des Affaires Étrangères venu apporter sa contribution , et profiter de la présence de Madame Mogherini.

Tous les deux ont rappelé leur engagement pour conforter le succès de l’accord sur le nucléaire iranien.

Puis viennent les pays qui s’intéressent économiquement et stratégiquement à la région la Russie, la Chine, le Japon et les États Unis.

Bref les grandes puissances n’ont pas négligé ce forum de Samarcande c’est bien le signe, que cette zone est névralgique, pour la sécurité de l’Europe mais pas seulement.

L’initiative chinoise de la nouvelle route de la soie est une opération qui n’a pas attiré l’attention des politiques en France et pourtant c’est un véritable «  plan Marshall » sur le plan économique et dans le secteur des transports et des voies de communication.

Au cœur des dispositifs économiques l’Asie centrale rapprochée de l’Europe devient un hub incontournable.

Aider à son développement est une impérieuse nécessité et les invités à ce forum ne se sont pas trompés en répondant aux organisateurs

Au détour d’un programme surchargé et polymorphe un fil rouge : c’est grâce à la coopération et au développement , dans le respect de la souveraineté des Nations que nous parviendrons à ramener la sécurité dans la région et les progrès en terme de gouvernance .

C’est aussi au détour des tables rondes que nous français, peu nombreux nous voyons renvoyé notre image cocardière face aux actions multilatérales.

L’Agence française de développement AFD, (AFD) absente de cette conférence,priorise encore les actions bilatérales par rapport  aux actions multilatérales.

Dans le cas de l’Asie centrale au vue de l’importance des projets et des enjeux il semble évident que l’aspect multilatéral serait plus approprié.

Aider au développement et à la coopération c’est endiguer la pauvreté et la radicalisation de cette terre d’Islam sunnite.

L’Ouzbékistan mène une politique très rigoureuse à l’égard de l’islam , nous avons visité le centre de formation des Imams de Samarcande “Imam Bukhari International scientific research center“

Après 4 ans d’études et 4 ans de spécialisation les Imams peuvent exercer.

Ils doivent ensuite suivre une sorte de formation continue sur toutes les questions de société, les religions comparées et la tolérance religieuse font partie de tous les cursus.

Très contrôlés les 2 034 mosquées et les prêches ne laissent aucune place aux discours radicaux.

Cette formation continue supplémentaire  de 2 mois de perfectionnement 360h de comporte l’étude des sciences de la vie, instruction civique, sciences humanitaires.

Des cours de politique économique de l’état, de droit, de politique étrangère, des cours d’informatique.

Enfin une partie des 360h de formation continue est consacrée au contre-discours à la radicalisation.

Une brève discussion avec les responsables du centre et son directeur Shovisil Zoyodov, mais aussi le directeur de l’institut pour la stratégie et les affaires régionales le docteur Vladimir I Norov, nous a suffit à comprendre que la formation des imams pour l’Ouzbékistan et pour la région constitue le pilier majeur pour maîtriser les risque de radicalisation.

Cette politique, alliée à une forte volonté de développement, doit être la clef de la stabilité régionale.

La question de la maîtrise de l’islam religion majoritaire n’est pas prise à la légère. C’est sans naïveté, qu’elle est en fait, une politique prioritaire.

C’est ici que le rappel du contexte régional est essentiel, la proximité de l’Afghanistan, les tensions régionales entre l’Inde et le Pakistan, l’Iran et la Russie voisins entreprenants et très présents.

Tout cela fait effectivement de l’Asie Centrale un espace stratégique, certes tournée vers l’Asie la Chine et le Japon, et l’Association des Pays Asiatiques (ASEAN), mais que l’Europe ne veut pas négliger.

C’est dans ces conditions que le président ouzbek a annoncé sa visite en France au cours du premier trimestre 2018.

Il ne faudra pas rater ce rendez-vous , ce nouveau président a fait le pari de l’ouverture de la transparence de la lutte contre la corruption la France a une place particulière dans le cœur des ouzbeks, comme souvent elle est attendue.

Tout nous rapproche de ce pays aux capitales mythiques Samarcande, Bukhara dont les noms résonnent comme autant de rêve d’orient sur les pas de Marco Polo.

Sa francophilie, son économie ouverte, son développement en perspective, ce hub des voies de communication, son travail autour d’un juste partage de l’eau…

Bref en un mot comme en cent , soyons attentifs et réactifs aux problématiques des pays de l’Asie Centrale, dans une économie mondialisée, ces problématiques sont aussi les nôtres au premier rang desquelles la lutte contre le terrorisme.

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