Le Louvre Abu Dhabi : Une chance magnifique pour la coopération culturelle

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Retrouvez l’intervention de Nathalie Goulet en séance publique au Sénat le 25 septembre 2007 pour défendre la ratification de la convention entre la France et les Emirats Arabes Unis.

« Mme Nathalie Goulet. Monsieur le président, madame la ministre, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, difficile exercice, mais aussi témoignage, émotion et symbole, comment voir autrement la programmation de ce texte sept mois jour pour jour après la mort de mon mari à Abou Dabi, le 25 février dernier ? Il a été victime d’une attaque quelques heures après avoir visité le site du futur musée du Louvre.

Nous connaissions très bien cette région du Golfe pour nous y être rendus au moins une fois par mois au cours de ces dernières années. Le moins que l’on puisse dire est que ce projet de loi est d’une grande importance.

Madame la ministre, je dois d’abord vous dire que, sans hésitation, je soutiens votre projet de loi. J’associe à ce soutien mon collègue Joël Bourdin, ici présent, qui est le président délégué du groupe sénatorial d’amitié France-Pays du Golfe, qui intègre donc les Émirats Arabes Unis.

En effet, voilà des années que, dans l’indifférence générale, nous militons pour un renforcement des relations culturelles et universitaires avec cette région du monde, tant il est vrai et patent qu’aucune relation commerciale pérenne ne peut exister sans relations culturelles.

Après la Sorbonne, voilà donc le Louvre dans la péninsule arabique.

Abou Dabi sera une réalisation emblématique, comme l’ont été certaines opérations menées par le Louvre, qui, je tiens à le préciser en réponse à certains orateurs, est déjà intervenu dans la région. Il faut tout de même savoir que, plusieurs fois, il a engagé des opérations itinérantes, notamment au sultanat d’Oman. Je voudrais aussi rappeler l’inauguration en grande pompe, l’année dernière, par Son Altesse l’émir du Qatar, de l’exposition d’art islamique au Louvre, qui a également été la marque de l’intérêt que portent la France et le Louvre à cette région du monde.

Ce musée, comme c’est son rôle, sera un pont entre les cultures. J’ai beaucoup entendu parler de « pont » pendant ce débat. Or, un pont, mes chers collègues, c’est un passage dans les deux sens.

Nous apprendrons donc, je l’espère, à connaître, ici en France, les trésors des musées de l’émirat de Charjah. À cette tribune, je tiens d’ailleurs à rendre un hommage particulier à Son Altesse le cheikh sultan bin Mohammed al  Qasimi, dont la famille, depuis des générations, a fait de cet émirat la perle culturelle des Émirats Arabes Unis. Il contribue chaque année aux travaux de l’UNESCO en dotant généreusement le prix de la culture arabe, qu’il a lui-même créé : directement inspiré par l’acte constitutif de l’UNESCO, il récompense les efforts d’un ressortissant d’un pays arabe et d’un ressortissant d’un pays qui ne l’est pas, chacun ayant contribué, par leurs oeuvres artistiques et intellectuelles, au développement et à la promotion de la culture arabe.

Autrement dit, avec le Louvre à Abou Dabi, nous n’apportons pas la culture à une « tribu d’Indiens » qui ne connaîtrait rien à l’art !

Promouvoir la compréhension mutuelle entre les peuples par le biais d’activités qui encouragent non seulement une meilleure connaissance des différentes cultures, mais aussi un dialogue entre elles, telle sera aussi la mission du Louvre d’Abou Dabi.

Je voudrais également saluer les efforts de Zaki Nusseibeh, conseiller du cheikh bin Zayed al Nahyan et, aujourd’hui, conseiller du président cheikh Khalifa bin Zayyed al Nahyan. Son action, reflet de la volonté de Son Altesse, a été, dans ce dossier du Louvre, comme dans celui de la Sorbonne, déterminante.

Je tiens enfin à rendre un hommage appuyé à notre ambassadeur, Patrice Paoli, qui a beaucoup travaillé sur ce dossier difficile, ainsi qu’à son homologue émirien en France.

Vous l’aurez compris, c’est donc avec ferveur que je voterai ce texte, qui fait entrer nos musées dans l’ère de la modernité, dans une zone géographique entièrement anglophone.

Que n’aurait-on dit, au sein de la Haute Assemblée, si l’Émirat d’Abou Dabi avait lancé son projet de district culturel sur l’île de Saadiyat sans y faire figurer de musées français, et notamment le plus prestigieux de tous ? »

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