L’islam doit être au coeur des préoccupations du président de la République.

 

Le Président a réaffirmé au Congrès sa volonté de « fixer un cadre et des règles » pour l’islam.

Dans un rapport d’une mission d’information sénatoriale, publié le 7 juillet 2016, salué par tous et voté à l’unanimité (moins l’abstention du Front National) mon collègue André Reichardt, sénateur du Bas-Rhin, et moi-même avons dressé un état de lieux de la situation de l’Islam en France.

Les questions de financement du culte, de formation des imams, et leur rôle dans la prévention de l’islam radical, tout cela a été disséqué et analysé.

Deux ans plus tard il n’y pas une ligne à changer à notre rapport, ni à ses conclusions.

Nous avons essayé d’engager le débat, à de nombreuses reprises, y compris de façon volontairement provocatrice, en inscrivant à l’ordre du jour du Sénat une proposition de loi visant à la formation obligatoire des ministres du culte.

Nous avons écrit et dénoncé l’immobilisme après le travail remarquable de Bernard Cazeneuve et l’instauration d’une instance de dialogue.

Il y a quelques jours, le ministre de l’intérieur a annoncé, pour le mois de septembre « les assises territoriales de l’islam de France ».

Comment enfin traiter ce sujet de façon satisfaisante, et pour un temps, stopper les démarches stériles d’apprentis sorciers, comme ceux qui font, à la lumière d’experts reconnus par eux mêmes, des propositions stigmatisantes et inapplicables?

Tel est l’enjeu!

Pour avancer il faut suivre, à mon sens, trois lignes de conduites incontournables

  1. C’est aux musulmans de France de s’organiser eux mêmes
  2. C’est aux religions de s’adapter à la République et non l’inverse, l’ordre public républicain s’applique à tous et partout sur le territoire
  3. La loi de 1905, telle qu’elle existe aujourd’hui, permet aux Français de confession musulmane d’exercer leur culte dans des conditions satisfaisantes et dignes

Que faire?

Le principal grief qui avait été formulé à l’encontre de l’instance de dialogue imaginée par Bernard Cazeneuve, était que les participants avaient été choisis par les préfectures.

Les invités sont vite apparus comme les « bons »musulmans choisis par l’Etat au détriment d’autres.

Il est donc essentiel que ces assises soient ouvertes sur invitation, certes, mais aussi sur simple inscription pour tous les musulmans, mais aussi tous les citoyens intéressés par la démarche.

Cet exercice démocratique appelle une ouverture maximale.

Ensuite quels sont, de mon point de vue, les priorités?

Le financement de l’islam et la formation des ministres du culte.

Les deux sujets sont liés, dans les deux cas, les réformes se heurtent au poids des pays d’origine.

La formation des ministres du culte et des aumôniers est, elle, essentielle dans la lutte contre l’Islam radical et ses dérives.

Les questions de financement d’abord:

Comme le souligne notre rapport, l’Algérie, le Maroc et la Turquie, qui sont les trois plus gros contributeurs financiers de l’islam de France, à hauteur d’environ 6 millions par an chacun, entretiennent l’islam des consulats.

Chacun travaille pour ses ouailles, pour sa chapelle, gardant son pré carré.

Il faut donc sortir de cette logique.

C’est le sens de nombreuses démarches que l’État ne peut, éventuellement, qu’accompagner et pas piloter!

Comment?

Par la fourniture d’une assistance technique par exemple.

L’argent est le nerf de la guerre, l’Etat ne reconnaît aucun culte et ne peut subventionner les mosquées ou les écoles ou les formations.

Il faut trouver des fonds d’où le serpent de mer d’un prélèvement sur la filière Halal qui dégage chaque année plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Ainsi pour que les communautés musulmanes s’accordent, un jour sur une norme halal unique, puis sur les modalités du prélèvement de la redevance (pas de la taxe), il faut les y aider. Non pas choisir pour elles, mais les aider à monter « la tuyauterie » financière la mieux adaptée et la moins pénalisante pour les fidèles, la plus juste et la plus transparente.

Le CFCM ne peut pas réaliser cette expertise, savez-vous qu’il ne dispose même pas d’un équivalent temps plein en terme de salarié?

Comment pourrait-il faire face à une telle expertise technique?

Michel Sapin, en son temps, avait accepté le principe d’une aide technique, pas d’une ingérence, d’une aide technique.

Voilà une suggestion concrète…

La maitrise de la Zakat (aumône obligatoire)

Certains pays, comme les Emirats Arabes Unis ou l’Arabie Saoudite ont interdit la Zakat en espèces, mais uniquement au profit de versements transparents à des associations et institutions ciblées.

Imaginer des cartes pré payées des systèmes modernes de paiements dématérialisés, s’inspirer de ces modèles étrangers.

Les deux pistes sont bien identifiées, il faut désormais de la volonté de la part des acteurs eux mêmes.

La même volonté doit s’appliquer aux questions de formations religieuses et civiques, et là encore, ce n’est pas à l’État d’intervenir, mais en même temps l’État s’est bien affranchi des principes de la loi de 1905 en signant avec l’Algérie et le Maroc des conventions pour recevoir des imams détachés de ces pays, et envoyer les jeunes Français en formation à l étranger.

« L’islam du juste milieu » de l’Algérie et du Maroc sans doute, mais loin de nos valeurs républicaines et de notre bloc de légalité, comme le soulignait notre rapport après les visites que nous avons effectuées à Alger et Rabat.

Donc, là encore la clef réside dans la volonté de mettre un terme à cette anomalie et en finir avec les imams détachés et les formations à l’étranger.

Un institut de formation des imams est prêt sur le papier. Il attend un financement.

Un conseil scientifique, chargé d’élaborer les programmes, serait dans les starting blocks, empêché par le manque de financements et les pesanteurs qui émanent des pays d’origine.

Les pays contributeurs réclament un fléchage pour contrôler la destination des sommes importantes qu’ils versent, on les comprend.

Les musulmans de France sont-ils prêts à s’affranchir de l’islam des consulats? C’est une vraie question.

Sur ces points, l’Union des mosquées de France a réalisé un travail très important, et publié en mars 2018, un document très bien construit qui évoque et traite ces questions.

Sera-t-il suivi et fera-t-il l’unanimité?

Quant aux questions qui taraudent la société, et en particulier la lutte contre l’islam radical, il faut bien entendu travailler sur cette formation des aumôniers et des ministres du culte et aussi revoir les statuts d’associations cultuelles qui trichent, avec leurs statuts et se constituent en associations culturelles.

Il faut la même transparence, pour toutes les structures, ce que le gouvernement a récemment refusé au Sénat alors que le document de l’Union des mosquées de France le prône.

De quel lobby a-t-on peur? Pas des musulmans qui n’ont pas été opposés à la loi accroissant le contrôle des écoles hors contrat, ni à la transparence des règles de financement des associations contrairement à la conférence des évêques de France.

De l’argent provenant des fidèles eux mêmes comme c’est déjà le cas pour 80% des financements en France grâce à un circuit financier transparent, une association financière qui gèrerait les legs, dons venus également de l’étrangers objets de tous les fantasmes (alors qu’ils sont marginaux) et une formation en France voilà les points à faire aboutir

Une partie des craintes serait alors apaisée sachant que le Conseil constitutionnel ne s’est jamais prononcé sur aucun texte qui réduisait une liberté religieuse au profit de l’ordre public.

Il faudra bien un jour qu’il statue.

Aujourd’hui la question n’est pas là

Il faut sortir du fantasme d’un Islam de France, noyé sous les pétro-dollars, qui atteste de la méconnaissance du dossier et des missions de TRACFIN qui suit tous les mouvements de fonds.

Stigmatiser une religion n’est pas non plus la solution, pas plus que décider des mesures particulières comme cette proposition absurde d’une commission d’enquête du Sénat qui consiste attachez vous…..

A mieux contrôler l’enseignement des langues étrangères en temps périscolaire.

A l’évidence, les 16 sénateurs qui ont voté les conclusions du rapport ne pensaient pas à l’enseignement du basque ou du breton car, mes chers lecteurs et concitoyens, nous ne devons jamais perdre de vue que dans un État de droit, l’égalité républicaine et la loi s’appliquent pour tous et pour chacun.

Laissons aux musulmans le soin de leur organisation, accompagnons les, et aidons les en montrant à l’égard du discours radical et de ses propagateurs une intransigeante fermeté dans le respect des lois de la République.

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